Les mémoires d'Al Pacino
Al Pacino ne s’épargne pas dans ses mémoires et fait le bilan d’une vie dédiée au cinéma et au théâtre, son premier amour.
« J’étais un homme de théâtre ».
Entretien télévisé en 1973 pour Richard III : https://www.youtube.com/watch?v=1ncOGwfXihE
Le grand-père maternel de Pacino vient de Corleone. Plutôt amusant. Sa mère est seule et pauvre. Sa disparition sera un choc pour lui.
Elle l’avait surnommé Sonny Boy d’après la chanson d’Al Jolson : https://www.youtube.com/watch?v=eQpL30DpiPc
Il bouffe les pissenlits par la racine, fait tous les boulots de merde imaginables. « Il y avait un autre gars dans mon cours d’art dramatique, un certain Martin Sheen » avec qui il nettoyait les toilettes au Living Theater pour payer leur coloc. Il noie ses illusions dans l’alcool qui sera une amie pour très longtemps. Mais il s’accroche au théâtre, passe du off-off-Broadway à Broadway et finit par se faire remarquer. Il obtient un premier rôle dans la série NYPD… https://www.youtube.com/watch?v=lxxky2Jtbao
… puis le premier rôle dans Panique à Needle Park et il retient ainsi l’attention de Coppola.
« Francis m’a emmené dans son entreprise American Zoetrope où je crois y avoir vu George Lucas et Steven Spielberg. Martin Scorsese et Brian De Palma faisaient également partie du groupe. J’ignorais totalement qui ils étaient à l’époque. »
La Paramount avait refusé le casting initial de Coppola. Il en est question dans le livre Leave The gun, Take the cannoli de Mark Seal qui parle du Parrain et chroniqué dans le Gun-Club #5
La prod a casté tout Hollywood pour au final revenir à la distribution de départ. Néanmoins, Pacino n’est pas à la fête, il est sur un siège éjectable, jusqu’à la scène du restaurant tournée en 15 heures dans un restaurant surchauffé. Il sauve son cul et peut-être sa carrière en un plan.
https://www.youtube.com/watch?v=5nvA2t_JanM
Du jour au lendemain, c’est une star. « Tout ce cirque me perturbait énormément. » Et on lui propose le rôle de Han Solo !!! « Il y a des personnages que je ne saurais absolument pas incarner même si j’avais un million d’années devant moi. » Il refuse Bergman, Fellini, Bertolucci et Billy le Kid de Peckinpah pour ne pas avoir à monter à cheval et mourir d’un coma éthylique.
Pour Serpico qu’il porte entièrement, il est chargé de trouver un réalisateur. Pas si simple. Il rencontre Scorsese mais ils ne se disent rien. C’est Sydney Lumet qui est choisi malgré un premier rendez-vous tendu. Puis il tourne le Parrain 2 et Un après-midi de chien de nouveau avec Lumet.
Ces deux films sont avec le grand John Cazale (1935-1978). « Du temps où j’étais coursier, je travaillais avec un certain John Cazale. » qui joue aussi dans Le Parrain et Conversation secrète de Coppola et dans ce qui sera son dernier film en 1978 Voyage au bout de l’enfer de Cimino, où il partage l’affiche avec sa femme Meryl Streep pour qui sa mort sera le grand drame de sa vie.
Toujours est-il que c’est le grand chelem pour Pacino mais ça ne va pas durer. Il enchaîne les bides dont Cruising et Scarface et vit une première banqueroute. Il revient sur le devant de la scène avec Mélodie pour un meurtre.
« J’étais fauché. Francis était fauché. »
Mais Le Parrain 3 sera un autre échec, pas aidé par Sofia Coppola qui remplace Winona Ryder.
Il se refait avec les honneurs et un Oscar avec Le Temps d’un week-end, avec l’excellent L’Impasse de De Palma et Heat réalisé par Michael Mann qui met à sa disposition une partie de son équipe pour qu’il fasse en même temps Looking for Richard.
Pacino ne vérifie rien, mène un train de vie somptuaire et balance son argent parce qu’il n’y comprend rien, s’en fout et au final se fait arnaquer par un comptable indélicat.
Second trou d’air durable.
Pratiquement 20 ans à tourner de mauvais films, faire des master class vendues à prix d’or (comme à Paris en 2018) et parfois des publicités comme ici avec Barry Levinson : https://www.youtube.com/watch?v=_ZILy1qRZTU
Pourtant, à bientôt 85 ans, tel le phénix, il parvient encore à se remettre en selle, même s’il n’est plus en tête d’affiche, avec Martin Scorsese, QuentinTarantino, Ridley Scott et encore plusieurs films à sortir en 2025.
Pour finir, un souvenir personnel : vers début 2000, j’ai la chance de dîner aux côtés de Patrice Chéreau que nous (Transat Vidéo, Café des Images et Comédie de Caen) avions invité pour la projection d’un documentaire de Stéphane Metge dans lequel il figurait. J’avais entendu dire qu’il avait un projet sur Napoléon avec Pacino. J’ose le questionner. Je n’en menais pas large. Face à Chéreau, tu frimes pas. Et il m’explique qu’il correspond avec lui par FAX !!!!
Pacino n’en parle pas dans ses mémoires, ça fait partie des nombreux projets avortés d’une carrière.
Bonus proposé par Al Pacino lui-même : une pièce d’Eugene O’Neill pour la télévision mise en scène par Sydney Lumet en 1960 avec Jason Robards et Robert Redford qu’il oublie curieusement de citer.
https://www.youtube.com/watch?v=etEFM_B9YS0
Sonny Boy d’Al Pacino
Penguin Press / Seuil, 2024
Traduction : Nicolas Richard