Virginia Woolf (1882-1941)
« Une fois de plus mon esprit s’est détourné de l’idée de la mort. » (18/02/1922)
C’était hier, 25 janvier, l’anniversaire de Virginia Woolf et un dimanche placé sous le signe du Journal d’un écrivain.
Un peu plus de dix ans après sa mort, son mari publie son journal dont on trouve ici une sélection déjà impressionnante qui va de 1918 à 1941.
D’un rythme erratique comme sa lecture que je découvre, il n’est jamais trop tard, son journal dévoile l’évolution de son carrière. « Ce journal doit constituer le graphique de ma progression » (17/10/1922) et son acharnement vital à écrire, entre plaisir et souffrance.
« Je me sens libre. J’écris ce que j’aime, un point c’est tout » (…)
« on dirait que je ne réussis nulle part. » (17/02/1922)
Plus loin cette même année, elle écrit : « Mais je vis totalement par l’imagination, je dépends totalement de ces effusions de pensée (…) qui composent une fête ininterrompue qui se mue pour moi en bonheur. » (07/09/1922).
Très attentives aux critiques qu’elle imagine toujours négatives «…on m’accorde même une certaine considération » (17/02/1922), elle gagne en succès au fur et à mesure de ses publications, critiques littéraires (elle n’aime pas Ulysse de Joyce, « inculte et grossier » (16/08/1922) ou romans sans compter les nombreux manuscrits qu’elle reçoit en tant qu’éditrice.
« Pour l’instant mon cerveau est absolument vide et vierge de romans. Je voudrais guetter et surprendre une idée à sa naissance. Je voudrais suivre à la trace ma propre démarche » (13/12/1924)
Elle tente de s’astreindre à un programme sans cesse perturbé par sa vie mondaine « L’influence de Londres est décidément nuisible aux journaux intimes » (22/12/1924), des migraines puissantes et des dépressions à répétition mais mène de front plusieurs engagements, entrecoupés de vacances dans le sud-est de la France ou en Italie.
« Je peux maintenant écrire, écrire, et encore écrire. C’est la sensation la plus délicieuse qui soit au monde. » (13/12/1924)
Au fil des années, on voit apparaître le spectre lointain de la guerre puis les bombardements sur Londres. Le journal s’achève sur une note du quotidien, trois semaines avant son suicide par noyade chez elle (Monk’s House à Rodmell, tout près de Brighton), un an avant celui d’un autre auteur, Stefan Zweig, qui aura consigné la chute d’un monde avant d’en finir au Brésil en 1942.
Dans la lettre qu’elle laisse à son mari, elle écrit : « J'ai la certitude que je vais devenir folle : je sens que nous ne pourrons pas supporter encore une de ces périodes terribles… »