D’ici des jours meilleurs, rendez-vous avec Paul Newman, le film Winter Break, Mark Rothko et un hommage musical à Shane MacGowan.
Que l’esprit de Noël soit avec vous comme l’esprit de Playmobil est avec nous. Paix et Félicité !
Paul Newman : la vie extraordinaire d’un homme ordinaire (1925-2008)
(La table ronde, 2023)
Il y a quelques mois, j’avais fait un long commentaire sur la biographie très documentée de Robert Redford, son partenaire dans Butch Cassidy et L’Arnaque. La forme était classique et passionnante. La vie extraordinaire d’un homme ordinaire est tout aussi passionnant mais très différent dans sa forme et son propos. C’est le fruit de cinq années d’enregistrements réalisés de 1986 à 1991 par Paul Newman et retrouvés par ses filles après sa mort.Un jour, je portais un tee-shirt à l’effigie de Paul Newman dans Virages quand on m’a demandé qui était-ce ? J’ai répondu Paul Newman. Qui ça ? J’ai cru que j’allais faire un arrêt cardiaque. Paul Newman et Robert Redford ont été des superstars à un niveau jamais égalé depuis. Brad et Léo font figure d’amateurs en comparaison. Beaux comme des dieux, ce statut de sex symbol a profondément pesé sur leur vie, et certainement beaucoup plus sur celles de Paul Newman qui n’a jamais supporté ça, qui ne l’a jamais compris ni rien faire pour.
En fait, ça n’est pas à proprement parlé une autobiographie. Plutôt une introspection douloureuse sur sa vie jusqu’à sa soixantaine (il a été encore très prolifique ensuite, entre cinéma, œuvres caritatives - l’homme qui a le plus donné du XXème siècle -, courses de voiture et politique où il aura été très engagé dans les deux catégories). Il ne s’épargne rien. Si en apparence, il incarnait la joie conjugale avec Joanne Woodward (« c’est elle qui m’a inventé. ») avec qui il s’est marié en secondes noces en 1958, l’année où elle remporta l’Oscar de la meilleur actrice, côté communication avec le monde et ses six enfants, c’était plus difficile. Derrière le pitre et fêtard alcoolique qu’il était (« Élément ingérable quand les soirées s’éternisent. » sa référence à l’université), il y a un homme qui a souffert de l’éducation froide et paranoïaque de sa mère, autocentrée et dénouée d’amour pour ses fils. C’est après ces enregistrements qu’il fera tout son possible pour « s’arranger » et ce sont ses filles qui portent aujourd’hui son leg. Côté cinéma, pas de grandes révélations, il a peu d’amis dans le milieu, il est très pointilleux, se questionne sur tout et doute de lui, il balance quand même quelques piques (James Dean en connard prétentieux), il se fera d’ailleurs remarquer en reprenant un rôle que Dean devait jouer avant de se tuer avec sa mythique Porsche 550 Spyder), il admire Sean Connery qui joue avec Joanne Woodward, il est en bagarre à peu près constante avec les pontes des studios, il réalise cinq films et attendra 1987 pour gagner un Oscar dans le rôle d’Eddie Felson qu’il reprend dans La Couleur de l’argent (après un Oscar d’honneur l’année précédente). Et deux ans avant sa mort, sur une note d’humour, il fera la voix de Doc Hudson dans Cars. Aussi sincère et humble que talentueux. Paul Newman, la classe mondiale.
Winter Break (The Holdovers) d’Alexander Payn
avec Paul Giamatti, Dominic Sessa et Da’Vine Joy Randolph
Paul Giamatti fait partie depuis 30 ans du cinéma indépendant américain (dans son esthétique et sa logique économique anti-blockbuster) tout en jouant les seconds rôles rémunérateurs dans nombre de grosses productions et pas que des bonnes. Winter Break c’est le fantasme cinématographique de Payne de faire un film en 1970. On y est. C’est Noël et Paul Giamatti, prof raté et détesté est désigné à la permanence de son école en compagnie d’une cuisinière qui vient de perdre son fils (Da’Vine Joy Randolph formidable) et d’un élève perturbé (Dominic Sessa dans son premier rôle, à suivre de très près). Entre l’école et une échappée à Boston, ces trois personnages abimés vont apprendre à se connaître et à s’aimer. Sans prétention ni pathos, le film qui dès son générique suinte la mélancolie va délicatement chercher l’espoir dans leurs trajectoires intimes. ils devront s’en sortir sans aide, affronter leurs failles et peut-être apprendre quelque chose qui les conduira dans une nouvelle direction. C’est un peu trop prudent, pas révolutionnaire mais c’est simple, beau et positif. Par les temps qui courent, je prends.
Mark Rothko (1903-1970) à la Fondation Louis Vuitton
Ça me fait mal de l’admettre mais si je ne supporte pas la vulgarité kitsch des marques de luxe, les expos chez Louis Vuitton et à la Bourse de commerce sont excellentes. Quand Pinault et Arnault se retrouvent au bac à sable, ça prend des proportions épiques. La concurrence est rude à Paname. Au passage, je conseille le Musée de la chasse et de la nature avec en ce moment Sean Landers. Donc ça ne désemplit pas à la Fondation LV pour la rétrospective Mark Rothko saluée internationalement et à raison. Projet (monté par la directrice artistique Suzanne Pagé avec le fils de Rothko) qui dépasse en ampleur toutes les précédentes expositions parisiennes (1962, 1972, 1999) avec 115 tableaux, répartis chronologiquement par « périodes ». Je m’arrête là pour l’expertise, je suis à mon max. Vous n’aurez pas besoin de beaucoup plus pour vous plonger dans ses peintures. Plonger, c’est le verbe qui convient. Après deux salles introductives de l’œuvre où l’on voit se dessiner petit à petit les formes qui deviendront sa « marque », nous entrons dans le vif du sujet. De grands formats qui associent des formes carrées ou rectangulaires et des jeux de couleurs fascinantes comme autant de fenêtres ouvertes sur des sentiments ou des univers parallèles. Chaque salle a sa fonction et son ambiance (dimension et lumière) dont une qui croise Rothko et Giacometti, une autre destinée à la méditation (impossible avec la foule mais on peut aller et venir à sa guise et faire le tour autant de fois que nécessaire). Il écrit « ce serait bien si l’on pouvait installer dans tout le pays de petits espaces, des sortes de petites chapelles où le voyageur, le vagabond, pourrait venir méditer pendant une heure devant une unique peinture accrochée dans une modeste salle… ». En effet. C’est peut-être la limite du genre rétrospectif qui veut que ça déborde, le regard a tendance à s’émousser, ça consomme du chef d’œuvre authentifié dans la cathédrale parisienne, on fait ses courses de Noël, c’est beau, c’est Rothko. Mais j’ai pu me poser devant quelques tableaux (les plus éclatants), et j’y serais bien resté longtemps. Très longtemps. « Mon art n'est pas abstrait, il vit et il respire » Mark Rothko
Shane MacGowan (1957-2023)
Charles McQuillan/Getty ImagesEn le voyant dans le génial film-entretien réalisé par Julian Temple, absolument drôle et irascible faisant passer la mélancolie et la tristesse au second plan, on se doutait bien que ça ne pourrait pas durer longtemps. En fait pour reprendre les paroles de Michka Assayas dans Very Good Trip, c’est déjà miraculeux qu’il ne soit pas mort avant.
Certaines personnalités nous marquent sans que l’on en ait véritablement conscience sur le moment. Elles ou ils sont rares : Winehouse, Bashung, Bowie par exemple. MacGowan est pour moi de ceux-là. Un pur poète trash irlandais.
Charles McQuillan/Getty ImagesL’excellent documentaire de Julian Temple sur Arte
Un reportage sur les funérailles qui tournent au concert-hommage à la St. Mary's of the Rosary Church, Nenagh avec The Dubliners, Fairytales Of New York
https://www.youtube.com/watch?v=wTlWQAURWk4
Son ami Nick Cave qui chante aux obsèques A Rainy Night in Soho
https://www.youtube.com/watch?v=zAsMLJ0lFN8
What A Wonderful World en duo avec Nick Cave
https://www.youtube.com/watch?v=ynxKOLlqRhk
Et pour finir ce qui est devenu un classique de Noël, titre influencé par un roman irlandais de JP Donleavy et par Il était une fois l’Amérique de Sergio Leone.
Fairytale Of New York de Kirsty McColl et Shane MacGowan avec Matt Dillon qui atténuait l’anxiété des policiers dans le commissariat où était tourné le clip étant donné l’état d’ébriété du groupe.
https://www.youtube.com/watch?v=j9jbdgZidu8
L’histoire de Fairytale Of New York
https://www.youtube.com/watch?v=TUSNzqqLFT0
Ça finit bien mieux que ça n’a commencé, non ?
It was Christmas Eve babe
In the drunk tank
An old man said to me, won't see another one
And then he sang a song
The Rare Old Mountain Dew
I turned my face away
And dreamed about you
Got on a lucky one
Came in eighteen to one
I've got a feeling
This year's for me and you
So happy Christmas
I love you baby
I can see a better time
When all our dreams come true
They've got cars big as bars
They've got rivers of gold
But the wind goes right through you
It's no place for the old
When you first took my hand
On a cold Christmas Eve
You promised me
Broadway was waiting for me
You were handsome
You were pretty
Queen of New York City
When the band finished playing
They howled out for more
Sinatra was swinging
All the drunks they were singing
We kissed on a corner
Then danced through the night
The boys of the NYPD choir
Were singing Galway Bay
And the bells were ringing out
For Christmas day
You're a bum
You're a punk
You're an old slut on junk
Lying there almost dead on a drip in that bed
You scumbag, you maggot
You cheap lousy faggot
Happy Christmas your arse
I pray God it's our last
The boys of the NYPD choir
Still singing Galway Bay
And the bells are ringing out
For Christmas day
I could have been someone
Well so could anyone
You took my dreams from me
When I first found you
I kept them with me babe
I put them with my own
Can't make it all alone
I've built my dreams around you
The boys of the NYPD choir
Still singing Galway Bay
And the bells are ringing out
For Christmas day
Shane MacGowan: Threescore by Andrew Caitlin, 2018
Portez-vous bien.