Jean Baudrillard, 1981
Jean Baudrillard
Simulacres et simulation (Galilée, 1981)
Revenir à quelques courts textes si loin si proche pour comprendre que certain.e.s ont saisi bien avant tout le monde ce qui se joue, dans une prose anticipatrice parfois austère, parfois obscure mais surtout lumineuse, et dont l’influence joue encore bien après leur présence.
« L’ère de la simulation s’ouvre donc par une liquidation de tous les référentiels.
Il ne s’agit plus d’imitation, ni de redoublement, ni même de parodie. Il s’agit d’une substitution au réel des signes du réel, c’est-à-dire d’une opération de dissuasion de tout processus réel par son double opératoire, machine signalétique métastable, programmatique, impeccable, qui offre tous les signes du réel et en court-circuite toutes les péripéties.
Les stades de l’image :
- elle est le reflet d’une réalité profonde
- elle masque et dénature une réalité profonde
- elle masque l’absence de réalité profonde
- elle est sans rapport à quelque réalité que ce soit : elle est son propre simulacre pur.
Lorsque le réel n’est plus ce qu’il était, la nostalgie prend tout son sens. Surenchère des mythes d’origine et des signes de réalité. Surenchère de vérité, d’objectivité et d’authenticité secondes. Escalade du vrai, du vécu, résurrection du figuratif là où l’objet et la substance ont disparu. Production affolée de réel et de référentiel, parallèle et supérieure à l’affolement de la production matérielle : telle apparaît la simulation dans la phase qui nous concerne - une stratégie du réel, de néo-réel et l’hyperréel, que double partout une stratégie de dissuasion.
…seul est exact ce qui s’approche de la vérité sans y prétendre.
…il n’y a plus de fiction…
L’imaginaire était l’alibi du réel, dans un monde dominé par le principe de réalité. Aujourd’hui, c’est le réel qui est devenu l’alibi du modèle, dans un univers régi par le principe de simulation. Et c’est paradoxalement le réel qui est devenu notre véritable utopie - mais une utopie qui n’est plus de l’ordre du possible, celle dont on ne peut plus que rêver comme d’un objet perdu. »