Kessel

Gun-Club #47 - L'Odyssée

Christopher Nolan, 2026

Gun-Club
2 min ⋅ 22/07/2026

Rarement un film a généré autant de commentaires positifs en si peu de temps depuis Oppenheimer du même Nolan mais beaucoup pour d’autres raisons, ce qu’on a appelé le « Barbieheimer » il y a 3 ans quand le film sortait le même jour que Barbie et que les deux avaient laminé le box-office.

Sorti depuis une semaine, L’Odyssée cartonne partout, c’est le plus gros démarrage de Nolan qui est avec Denis Villeneuve un des rares cinéastes à pouvoir proposer des blockbusters de qualité associant budget pharaonique, marketing à l’avenant et écriture artistique. J’ai vu l’ensemble de ses films depuis Memento, j’adhère à tout ou presque (Tenet) mais pour une fois, je cale.

J’ai vu L’Odyssée samedi soir et j’y suis allé sans a priori et en ne prêtant pas attention aux diverses polémiques dont certaines tout simplement abjectes. J’ai par ailleurs essayer de mettre de côté la fidélité ou non au récit originel que j’avais lu avec passion il y a très longtemps.

Je peux commencer par le peu que j’ai aimé :

Le cheval de Troie (pas celui dans Jim Queen, c’est pas le même projet) - plage / transport / surprise - et Elliot Page, présent deux fois et qui magnétise la caméra.

Anne Hathaway en voie de merylstreepisation.

Le mea culpa final de Matt Damon avant de se révéler à Pénélope.

Ensuite ça se gâte :

Nolan filme des concepts avec des comédien.ne.s qui sont des idées (d’où la réussite de la trilogie du chevalier noir), c’est précis, clinique, c’est un travail d’entomologiste, c’est le plus scientifique des réalisateurs depuis Kubrick mais dont la désincarnation est une limite potentielle.

Or L’Odyssée est par nature un chant, c’est un souffle épique fondé sur un ensemble d’épreuves qu’Ulysse (Odysseus) doit franchir. À aucun moment, je n’ai ressenti ni ce souffle ni la souffrance qui l’accompagne.

L’autre particularité de L’Odyssée est la temporalité à laquelle les personnages sont soumis.

À aucun moment, je n’ai ressenti cette durée.

Si on conjugue ces deux éléments, j’ai assisté à une succession de scènes expédiées au plus vite malgré la longueur du film, sans ampleur ni horreur face aux périls monstrueux qui auraient dû me saisir d’effroi. 

Côté casting, on retrouve Tom Holland et Zendaya (à la ville comme à la scène et dans le prochain Spiderman), Robert Pattinson, Charlize Theron dans une pub J’adore de Dior, John Leguizamo, Jon Bernthal, Lupita Nyong’o, Travis Scott, les frères Safdie en guest et Matt Damon en Ulysse très musclé, à la limite de ressembler à Charlton Heston en Moïse descendant de la montagne dans les Dix commandements. Bref, du name-dropping dans toutes les scènes, L’Odyssée sur Hollywood Boulevard, je ne voyais que ça, avec l’impossibilité d’oublier qui je regardais, à l’inverse par exemple de Cillian Murphy en Oppenheimer. C’est d’ailleurs la même maladie que chez Villeneuve dans Dune où le casting ressemble à une pub géante pour l’industrie du luxe. 

Côté musique, ce n’est pas parce que tu mets à fond de la musique de bourrin que ça va produire de l’émotion. C’est juste un truc paresseux qui vient cacher la misère. 

Côté combats, c’est pas son truc. Aucun rythme, aucune expression de cruauté, c’est plat et mal monté alors qu’Ulysse est théoriquement un soldat sans pitié qui exécute tout le monde mais on est pas dans Jason Bourne qui fait du krav maga, on parle d’un type qui a exterminé une cité et qui pour finir, après avoir sacrifié tous ses camarades de voyage, zigouille une salle entière de servantes et prétendants. 

Juste pour comparer, souvenez-vous de Games of Thrones et de trois scènes en particulier :

Les noces pourpres (Les Pluies de Castamere, saison 3, épisode 9)

Le duel à mort (La Montagne et la Vipère, saison 4, épisode 8)

La bataille (La bataille des Bâtards, saison 6, épisode 9)

Je peux comprendre que les Dieux, les monstres ou les combats ne l’intéressent pas.

Dans ce cas, pourquoi cet Homère là ? Pourquoi ne pas en avoir fait autre chose ?

Me revient un souvenir récent : je suis allé voir Sigourney Wearer sur scène à Londres dans La Tempête. Non pas que la pièce fut incroyable mais simplement elle, seule en scène, te tétanise une salle. Pas d’effet, pas de baston mais tout est là. Homère, Shakespeare, Dante… faut de l’incarnation, du vivant, pas des concepts. Pensez à Coppola (Apocalypse Now), Cimino (Heaven's Gate, Deer Hunter), Friedkin (Sorcerer)…

Peut-être qu’un second visionnage me permettra de réévaluer ma position pour voir si j’ai raté un truc que tout le monde a vu ou si au contraire, tout le monde a la berlue. 

PS : quant à l’IMAX 70mm, format (lourd) de tournage voulu par Nolan, la seule salle en France à en disposer est à Montpellier

Gun-Club

Par Luc Brou

Cinéma, littérature, arts, sciences et technologies mais ça n’est pas exhaustif.

À découvrir aussi de la photo amateur sur https://lucbrou.tumblr.com